Apyworld - Carnets de voyages
Page: 2/3 (1119 lectures) 
|
|
|
L'Iran
(20 juillet 2006)
Nous arrivons d'Inde (...) La frontière Pakistan-Iran est située dans
le désert du Belouchistan, une région rude et aride, où une atmosphère
d'insécurité plane. Nous pensons à l'éventuelle panne, aux mauvaises
rencontres que nous pourrions faire… et nous nous demandons bien ce
que nous allons découvrir ensuite… Les postes de douane sont installés
sur des terrains vagues où de nombreux camions stationnent de manière
anarchique. C'est la pagaille : beaucoup de bagages sur le sol, des
groupes de femmes en tchador noir, dont on ne voit que les yeux, les
mains et les pieds, et des hommes collés au guichet de l'immigration.
Ariane revêt son voile qu'elle gardera en permanence en Iran. Nous bénéficions
d'un traitement de faveur, un officier nous prend en charge et nous
fait doubler toute la file d'attente. Nous comprendrons plus tard qu'il
y a en fait un bureau d'immigration particulier pour les étrangers.
Les Iraniens ont l'air sympathiques à première vue. Nous sommes surpris
par leur attitude décontractée et le fait qu'aucun ne soit rasé. Aucune
fouille ne nous est réservée, un douanier s'assure juste que nous n'ayons
pas de tapis. Nous constatons à nouveau l'impact considérable que le
football peut avoir sur nos échanges avec la population. Zidane nous
aidera d'ailleurs souvent à faire comprendre que nous sommes français.
Il fait 44 degrés à notre arrivée en Iran, une escorte militaire nous
attend déjà… Nous devons nous rendre ensemble à Zahedan, la première
ville après la frontière, afin de changer de l'argent et faire le plein
de gasoil. Les retraits ou paiements par carte de crédit internationale
ne sont pas possibles en Iran, seul le cash est accepté. C'est vendredi,
équivalent du dimanche dans ce pays musulman, ce qui ne facilite pas
les choses.Sur la route, notre escorte s'arrête devant nous et nous
prie de nous garer. Ils ont repéré une voiture arrêtée sur le bord de
la chaussée. Les trois militaires descendent, armés jusqu'aux dents,
et se positionnent pour assurer notre défense. Quelques instants plus
tard, nous redémarrons et notre escorte nous quitte pour poursuivre
sur les pistes cette voiture suspecte qui prend la fuite. Nous continuons
alors notre route, seuls, pas très rassurés, avant de retrouver 10 km
plus loin une nouvelle escorte : une moto cette fois avec deux militaires
et leur inséparable kalachnikov. Il ne sera pas évident de nous faire
comprendre, personne ne parlant anglais et nous pas un mot de farsi.
|
|
|
|
Nous serons
guidés dans une station service pour faire le plein : 105 litres de gasoil,
offerts gracieusement (!), le tout représentant 1,65 euros (!!). Toujours
accompagnés de militaires, nous parviendrons ensuite à changer 100 dollars
dans la rue, à un vieux monsieur ayant les poches remplies de billets.
En échange de notre billet vert, nous repartons avec 880 000 Rials, une
quarantaine de billets (1 euro = 10 000 Rials environ). Les escortes vont
se succéder avec des attentes interminables entre chacune : des motos
nous imposant de rouler à 30 ou 40 km à l'heure, des vieilles voitures,
des pick-up… puis nous serons priés de les doubler et ne retrouverons
pas de relève ensuite. La température atteint 47 degrés, nous venons de
battre notre record… Nous n'avons plus d'eau et il n'y a aucune vie sur
cette route que nous parcourons depuis des heures : un désert avec des
montagnes grises en toile de fond où nous imaginons l'Afghanistan de l'autre
côté. Nous retrouvons la joie de conduire à nouveau à droite, découvrons
la voiture traditionnelle iranienne, la Paykan, et sommes salués par de
nombreux camionneurs. (…) N'ayant obtenu qu'un visa de transit de 7 jours
pour traverser 3 000 km dans ce vaste pays, nous ne nous attardons pas
à Bam…
|
|
|
|
Notre route vers
Kerman puis Shiraz traverse des paysages variés : des montagnes - 2
740 mètres notre point culminant - des lacs salés, des oliviers, des
amandiers, et des tournesols. (...) A Shiraz, nous tentons avec succès
de faire proroger nos visas et nous nous voyons accorder 10 jours supplémentaires
au bureau d'immigration pour prendre le temps de visiter l'Iran. Au
programme : Shiraz, Esfahan, Montagnes de l'Alborz et la Mer Caspienne
jusqu'à La Turquie. Nous aurons l'opportunité de discuter facilement
avec les habitants de Shiraz, les Iraniens étant très avenants. En faisant
le change dans une banque, nous aborderons, avec une jeune femme, le
sujet du voile (le hidjab) que toutes les femmes sont tenues de porter
dès l'âge de 9 ans, depuis la révolution islamique de Komeini dans les
années 80. Elle nous expliquera son point de vue : une femme est comme
une perle et son voile la préserve des dangers extérieurs, en l'occurrence
du regard des hommes. Nous aurons d'autres occasions d'évoquer le port
du voile et constaterons que la majorité des femmes iraniennes souhaiteraient
s'en passer. Cependant, tout espoir de changement concernant le port
du hidjab ne semble pas d'actualité. Le code vestimentaire s'est assoupli
ces dernières années : le tchador (longue robe, qui signifie " tente
" en farsi !) et la couleur noire ne sont plus obligatoires. Aujourd'hui,
selon la Charia (loi islamique), une femme ne portant pas le voile en
Iran serait arrêtée. A Shiraz, nous verrons plus de fantaisie qu'ailleurs
dans le choix des couleurs et des motifs des voiles. Les femmes sont
excessivement maquillées, sans doute pour compenser quelque chose. Elles
semblent assez indépendantes et modernes. Nous visitons à Shiraz notre
première mosquée, avec sa grande cour intérieure et ses belles mosaïques,
la seule où Ariane devra revêtir un joli tchador à fleurs. Nous nous
perdons dans les arcades du bazar, entre les tapis persans, les bijoux,
et l'artisanat avant de goûter dans une maison de thé un dizzi (soupe
de légumes et de viande cuite servie dans un petit pot de terre).
|
|
|
|
Nous suivrons la
finale de la coupe du monde France-Italie, avec les commerçants de la
rue, à l'hôtel. Les Iraniens qui nous entourent semblent tous pour l'Italie
mais la popularité de Zidane nous confère un profond respect. Ce match
se terminera, comme le monde entier le sait, aux tirs au but, après
le carton rouge de Zizou, et par la triste défaite de la France. Nous
aurons pris conscience des retombées positives du sport dans le monde,
et de l'image que cela peut donner d'un pays à l'étranger. Nous découvrons
les senteurs de l'Iran à travers les jardins de Shiraz, le parfum de
la rose et de la fleur d'oranger dominant. Dans le jardin Bagh-e-Afif
Abad et son palais, nous rencontrons de jeunes étudiantes en art, avant
de déguster un thé dans l'ambiance très orientale d'une maison de thé.
Nous serons de nouveau invités à partager le thé avec un groupe de jeunes
dans le jardin Aramgah-e-Hafez où repose le poète iranien Hafez. Chaque
Iranien posséderait en plus du Coran, un livre de ce poète. Nous discuterons
longuement sur l'Iran, leur première préoccupation étant de connaître
l'image de leur pays à nos yeux. Ils auraient en fait peu d'échos, les
chaînes de télévision câblée étant interdites et les connections internet
étant filtrées en Iran. L'alcool est interdit depuis la révolution islamique.
Le célèbre plan de vigne donnant le vin rouge Shiraz n'y est donc plus
cultivé. Les vignes ont été arrachées et aucun alcool n'est disponible
en vente libre. Il semblerait qu'il soit de coutume de boire de l'alcool
lors de soirées privées, un marché noir étant organisé . Nous quittons
Shiraz au troisième matin.
|
|