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Apyworld - Carnets de voyages

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L'Iran (20 juillet 2006)

Nous arrivons d'Inde (...) La frontière Pakistan-Iran est située dans le désert du Belouchistan, une région rude et aride, où une atmosphère d'insécurité plane. Nous pensons à l'éventuelle panne, aux mauvaises rencontres que nous pourrions faire… et nous nous demandons bien ce que nous allons découvrir ensuite… Les postes de douane sont installés sur des terrains vagues où de nombreux camions stationnent de manière anarchique. C'est la pagaille : beaucoup de bagages sur le sol, des groupes de femmes en tchador noir, dont on ne voit que les yeux, les mains et les pieds, et des hommes collés au guichet de l'immigration. Ariane revêt son voile qu'elle gardera en permanence en Iran. Nous bénéficions d'un traitement de faveur, un officier nous prend en charge et nous fait doubler toute la file d'attente. Nous comprendrons plus tard qu'il y a en fait un bureau d'immigration particulier pour les étrangers. Les Iraniens ont l'air sympathiques à première vue. Nous sommes surpris par leur attitude décontractée et le fait qu'aucun ne soit rasé. Aucune fouille ne nous est réservée, un douanier s'assure juste que nous n'ayons pas de tapis. Nous constatons à nouveau l'impact considérable que le football peut avoir sur nos échanges avec la population. Zidane nous aidera d'ailleurs souvent à faire comprendre que nous sommes français. Il fait 44 degrés à notre arrivée en Iran, une escorte militaire nous attend déjà… Nous devons nous rendre ensemble à Zahedan, la première ville après la frontière, afin de changer de l'argent et faire le plein de gasoil. Les retraits ou paiements par carte de crédit internationale ne sont pas possibles en Iran, seul le cash est accepté. C'est vendredi, équivalent du dimanche dans ce pays musulman, ce qui ne facilite pas les choses.Sur la route, notre escorte s'arrête devant nous et nous prie de nous garer. Ils ont repéré une voiture arrêtée sur le bord de la chaussée. Les trois militaires descendent, armés jusqu'aux dents, et se positionnent pour assurer notre défense. Quelques instants plus tard, nous redémarrons et notre escorte nous quitte pour poursuivre sur les pistes cette voiture suspecte qui prend la fuite. Nous continuons alors notre route, seuls, pas très rassurés, avant de retrouver 10 km plus loin une nouvelle escorte : une moto cette fois avec deux militaires et leur inséparable kalachnikov. Il ne sera pas évident de nous faire comprendre, personne ne parlant anglais et nous pas un mot de farsi.
Nous serons guidés dans une station service pour faire le plein : 105 litres de gasoil, offerts gracieusement (!), le tout représentant 1,65 euros (!!). Toujours accompagnés de militaires, nous parviendrons ensuite à changer 100 dollars dans la rue, à un vieux monsieur ayant les poches remplies de billets. En échange de notre billet vert, nous repartons avec 880 000 Rials, une quarantaine de billets (1 euro = 10 000 Rials environ). Les escortes vont se succéder avec des attentes interminables entre chacune : des motos nous imposant de rouler à 30 ou 40 km à l'heure, des vieilles voitures, des pick-up… puis nous serons priés de les doubler et ne retrouverons pas de relève ensuite. La température atteint 47 degrés, nous venons de battre notre record… Nous n'avons plus d'eau et il n'y a aucune vie sur cette route que nous parcourons depuis des heures : un désert avec des montagnes grises en toile de fond où nous imaginons l'Afghanistan de l'autre côté. Nous retrouvons la joie de conduire à nouveau à droite, découvrons la voiture traditionnelle iranienne, la Paykan, et sommes salués par de nombreux camionneurs. (…) N'ayant obtenu qu'un visa de transit de 7 jours pour traverser 3 000 km dans ce vaste pays, nous ne nous attardons pas à Bam…

Notre route vers Kerman puis Shiraz traverse des paysages variés : des montagnes - 2 740 mètres notre point culminant - des lacs salés, des oliviers, des amandiers, et des tournesols. (...) A Shiraz, nous tentons avec succès de faire proroger nos visas et nous nous voyons accorder 10 jours supplémentaires au bureau d'immigration pour prendre le temps de visiter l'Iran. Au programme : Shiraz, Esfahan, Montagnes de l'Alborz et la Mer Caspienne jusqu'à La Turquie. Nous aurons l'opportunité de discuter facilement avec les habitants de Shiraz, les Iraniens étant très avenants. En faisant le change dans une banque, nous aborderons, avec une jeune femme, le sujet du voile (le hidjab) que toutes les femmes sont tenues de porter dès l'âge de 9 ans, depuis la révolution islamique de Komeini dans les années 80. Elle nous expliquera son point de vue : une femme est comme une perle et son voile la préserve des dangers extérieurs, en l'occurrence du regard des hommes. Nous aurons d'autres occasions d'évoquer le port du voile et constaterons que la majorité des femmes iraniennes souhaiteraient s'en passer. Cependant, tout espoir de changement concernant le port du hidjab ne semble pas d'actualité. Le code vestimentaire s'est assoupli ces dernières années : le tchador (longue robe, qui signifie " tente " en farsi !) et la couleur noire ne sont plus obligatoires. Aujourd'hui, selon la Charia (loi islamique), une femme ne portant pas le voile en Iran serait arrêtée. A Shiraz, nous verrons plus de fantaisie qu'ailleurs dans le choix des couleurs et des motifs des voiles. Les femmes sont excessivement maquillées, sans doute pour compenser quelque chose. Elles semblent assez indépendantes et modernes. Nous visitons à Shiraz notre première mosquée, avec sa grande cour intérieure et ses belles mosaïques, la seule où Ariane devra revêtir un joli tchador à fleurs. Nous nous perdons dans les arcades du bazar, entre les tapis persans, les bijoux, et l'artisanat avant de goûter dans une maison de thé un dizzi (soupe de légumes et de viande cuite servie dans un petit pot de terre).

Nous suivrons la finale de la coupe du monde France-Italie, avec les commerçants de la rue, à l'hôtel. Les Iraniens qui nous entourent semblent tous pour l'Italie mais la popularité de Zidane nous confère un profond respect. Ce match se terminera, comme le monde entier le sait, aux tirs au but, après le carton rouge de Zizou, et par la triste défaite de la France. Nous aurons pris conscience des retombées positives du sport dans le monde, et de l'image que cela peut donner d'un pays à l'étranger. Nous découvrons les senteurs de l'Iran à travers les jardins de Shiraz, le parfum de la rose et de la fleur d'oranger dominant. Dans le jardin Bagh-e-Afif Abad et son palais, nous rencontrons de jeunes étudiantes en art, avant de déguster un thé dans l'ambiance très orientale d'une maison de thé. Nous serons de nouveau invités à partager le thé avec un groupe de jeunes dans le jardin Aramgah-e-Hafez où repose le poète iranien Hafez. Chaque Iranien posséderait en plus du Coran, un livre de ce poète. Nous discuterons longuement sur l'Iran, leur première préoccupation étant de connaître l'image de leur pays à nos yeux. Ils auraient en fait peu d'échos, les chaînes de télévision câblée étant interdites et les connections internet étant filtrées en Iran. L'alcool est interdit depuis la révolution islamique. Le célèbre plan de vigne donnant le vin rouge Shiraz n'y est donc plus cultivé. Les vignes ont été arrachées et aucun alcool n'est disponible en vente libre. Il semblerait qu'il soit de coutume de boire de l'alcool lors de soirées privées, un marché noir étant organisé . Nous quittons Shiraz au troisième matin.

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